L’intemporel Oxford

Que celui qui n’a jamais entendu parler de la chemise en oxford nous jette la première pierre ! Il n’y a qu’à ouvrir son armoire pour en trouver une, voire plusieurs. Et si ce n’est pas le cas, faites un tour voir votre grand-père qui vous remontera les bretelles ! 

Du classique de classique au vêtement revisité, des classes aisées aux classes populaires la chemise en oxford sent bon le chic, le casual, le sportswear et le BCBG.

Arrêt sur image sur un tissu qui a traversé les générations.

La Minute Technique

Sortez vos cahiers et vos crayons pour le point technique sur ce tissu au grain si particulier. Il est réalisé avec des fils qui se croisent. Le fil de trame est doublé tandis que le fil de chaîne est simple. 

Le tissu oxford a ainsi un aspect quadrillé dit “nid d’abeille”, grâce à des fils de trame colorés et à un fil de chaîne blanc dans sa version traditionnelle. 

Confortable et respirante, on ne craint plus d’aller au boulot en vélib !

Tailors at work in Hearne’s at 63-64 The Quay, Waterford. 1907

Les origines

C’est au XIXème siècle que la chemise en Oxford naît en Ecosse. Les tisseurs locaux avaient l’habitude de faire pas mal d’expérimentations de tissus pour trouver le combo gagnant. On peut dire que l’Ecosse à l’époque était considérée comme « le cœur du textile européen ».

L’un d’entre eux (dont le nom nous est malheureusement inconnu) va réussir l’exploit d’inventer une technique de tissage unique, en nid d’abeille. Le tissu quadrillé de l’Oxford voit donc le jour. Dans une pure stratégie (déjà) marketing, le tisseur décide de nommer ce tissu « Oxford » en référence d’une part à la ville et d’autre part à l’Université et son élite qui y sont implantées. Il inventa 4 familles de tissu: Harvard, Yale, Oxford évidemment et Cambridge.

Le but était d’attirer une clientèle plus que aisée et d’habiller l’élite intellectuelle de l’époque. La concurrence étant très forte entre fabricants de tissu, tous les moyens étaient bons pour flatter l’égo des classes aisées (d’où les noms d’Universités) et s’attirer leurs bonnes grâces.

Si vous avez entendu parlé de l’Oxford, l’histoire a été moins clémente avec les 3 autres familles de tissu (Yale, Harvard et Cambridge). Pas assez de ventes, production coûteuse… : ces tissus ne sont vite plus produits et laissent la première place à l’Oxford.

Joueur de Polo, 1920

Le Prince Harry, Tournoi de Polo caritatif, 2013

Hall Of Fame

L’Oxford s’est donc très vite démarqué par sa confection et son style unique. Pour les mecs de l’époque, c’était enfin l’occasion de porter une chemise moins rigide et plus « brand new ». 

De par son aspect quadrillé, le tissu en Oxford est très confortable et laisse respirer le corps. Les joueurs de Polo au début des années 1900 l’ont très vite compris. Ils ont commencé à porter ces chemises car elles étaient les seules sur le marché à allier confort et fraîcheur, en plus d’un soupçon de modernité. On peut évidemment comprendre qu’il est compliqué de monter à cheval avec une chemise amidonnée…

Par ailleurs, ils en avaient un peu marre des cols de chemises qui s’agitaient dans tous les sens à cause du vent. Ils ont donc commencé à coudre des boutons sous le col pour tenir ce dernier en place. C’est à ce moment là que le col button down voit le jour ou plutôt le OCBD (Oxford Cloth Button Down shirt).

 

Miles Davis 

Les spectateurs qui assistaient au match de Polo ont vite fait d’adopter la chemise en Oxford. Ils participent ainsi à la populariser au sein des classes aisées.

La chemise en Oxford d’abord très mondaine et “m’as-tu vu ?” sera vite reprise et revisitée.

Quête de sens

Ce qu’on aime avec la mode, ce sont les évolutions, les changements… bref de savoir qu’un vêtement a su gagner sa postérité aussi bien chez les fils de Vicomte que chez les streeatwearistes.

La chemise en Oxford participait d’un art de vivre à la bourgeoise. Chemise mondaine, on s’habillait en Oxford entre une partie de golf et un repas dans le domaine familial.

Quête de reconnaissance sociale oblige, beaucoup vont la convoiter ou plutôt convoiter sa symbolique. Ce sont notamment les étudiants d’écoles prestigieuses, la fameuse Ivy League, qui vont s’en emparer et faire naître le style preppy propre des années 1950. Chemise mondaine, vie d’étudiant et quête de sens ! Voilà le paradoxe qui animera toute une génération.

On la portera de façon nonchalante, hors du pantalon, avec des couleurs vives pour casser les codes.

De la Ivy Leagues en passant par les Mods & Skinheads (encore eux !), la chemise en Oxford gagne sa renommée à la croisée des classes et des mouvements culturels.

Charles Spencer, London Street Photography

Soft Power

Comme à son habitude, le cinéma a participé à la popularisation de la chemise en oxford auprès du grand public. On voit Robert Redford ou encore Paul Newman la porter, tantôt BCBG tantôt décomplexée. 

Elle est emblématique de la culture Américaine, de l’histoire de la mode et du vêtement masculin.

 

Robert Redford

Paul Newman

La chemise en Oxford, au fil du temps a été vue, revue et revisitée. Tantôt un vêtement des classes aisées, elle s’est vite popularisée pour venir se ranger dans notre vestiaire de beau gosse de Paname. 

Toujours aussi bon goût, confortable et respirante on continue donc toujours à la kiffer !

(Re)découvrez donc nos chemises Watson en bleu ciel ou en blanc de blanc !

Kevin T.